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2000-04, La Monnaie magazine, interview in French

Récital : Simon Keenlyside

(Théâtre de la Monnaie, Bruxelles, Belgique)

La Monnaie Magazine (avril – juin 2000)

Votre grand-père a été chef d’orchestre au London Philharmonia Orchestra, votre père était l’un des violonistes de l’Aeolian String Quartet. Y a-t-il un lien entre votre enfance imprégnée de musique de chambre et votre prédilection actuelle pou le genre mélodique ?

Comme un baryton serait-il autrement amené à s’intéresser aux quatuors de Haydn ? En fait, je porte à la mélodie en amour effréné, qui m’a été transmis pendant ma formation à Manchester par mon professeur John Cameron, et depuis lors il n’a pas cesser de se développer. Mon répertoire comprend plusieurs centaines d’œuvres –­ dont de nombreuses de Schubert et Schumann, Strauss, Wolf, et Debussy, aucune de Brahms, curieusement, mais en revanche des morceaux rarement interpréter de Britten, Rachmaninov, Tchaïkovsky…

Je travaille depuis dix ans avec le pianiste Malcolm Martineau. Nous nous sommes connus lorsque nous étions encore étudiants. L’interprétation de la mélodie est une joie que je partage avec des amis –­ et depuis peu avec Graham Johnson. Nous réalisons par exemple des enregistrements sans assistance technique –­ autrement dit, nous investissons un joli bâtiment, nous réglons nous-même les appareils et nous faisons de la musique ensemble. Si cet enregistrement plaît à une firme, nous lui donnons pour qu’elle le fasse paraître. C’est ainsi que sont que sont nés trois cd avec des œuvres de Schubert, Schumann et Strauss ;  prochainement, j’aimerais en réaliser deux autres, l’un de Schubert, et l’autre avec des pages du répertoires français. C’est évidement tout autre chose qu’un enregistrement pour la Deutsche Grammophon. Il s’agit  plutôt d’un document qui atteste des œuvres qui m’ont captivé à un moment donné de ma vie –­ non sans de fréquents parallèles avec mes conceptions de l’époque, presque comme un journal intime.

Ce qui montre donc aussi l’importance du texte …

Son importance est considérable. Toutefois, je n’aime pas les chanteurs qui accentuent et relèvent chaque mot. Je pensais naguère que c’était un manie propre aux interprètes britanniques, mais la soprano Christine Schäfer m’a dit que les Allemands faisaient souvent de même. Or ce qui est important, c’est l’ensemble ; où se trouve le point culminant, par quel développement est-il amené, quel poids donner aux différents épisodes ? Au demeurant les mélodies ne sont pas toutes petites, jolies et précieuses. Une large évolution se dessine, partant des Nachtviolen de Schubert, pages tendrement développées, jusqu’au Prometheus de Wolf, morceau d’une violence titanesque. Cela favorise la diversité dont mon professeur avait déjà relevé l’importance et qui caractéristique aujourd’hui mon répertoire. Un mélange soigneusement dosé de paroles et de sons est idéal pour la mélodie, comme presque tout le musique vocale. Le son en soi fournit déjà des informations qui peuvent contredire ou confirmer les paroles, selon le cas. Je me souviens de l’enregistrement par Solti du Rheingold, que j’écoutais pour la première fois lorsque j’étais étudiant. A l’époque, je ne comprenais pas un l’allemand , mais lorsque j’entendis Gustav Neidlinger (Alberich) s’exclamer « So verfluch’ich die Liebe » (ainsi je maudis l’amour), je me rendis clairement compte –­ rien que par les sons –­ qu’il se produisait là quelque chose d’absolument écoeurant, ignoble et proprement inhumain. Entre le son et le mot, il y a –­ théoriquement – une foule de combinaisons possibles. Mais en pratique, cela tourne souvent au cauchemar.­

Avez-vous un calendrier annuel précis, savez-vous exactement combien de fois vous souhaiteriez chanter quelque chose ?

Non. Je prends les choses comme elles se présentent. L’idéal serait une mélange de deux tiers d’opéras et un tiers de récitals. Mais cela je peut se programmer, tout au plus se laisser désirer.

Marc Zitzmann

(cet article est un résumé d’une interview réalisé pour Das Opernlas de janvier 2000. Publié avec l’accord de Opernglas.

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