« »

2008.02.28 Opéra de Paris website: Wozzeck (in french)

Wozzek – Simon Keenlyside:

Il est fascinant de découvrir un personnage…

From the Opera de Paris website, 28 February 2008

http://www.operadeparis.fr/Accueil/Actualite.asp?id=492

[English translation >>>]

2008_Wozzeck_Opera_de_Paris_advert

Above: photo used by Opera de Paris for their advertising campaign

L’opéra d’Alban Berg marque la prise de rôle de Simon Keenlyside. Impressions du baryton qui aborde l’un des rôles les plus riches de l’opéra moderne.


La flexibilité de votre voix vous met à l’aise dans un très large répertoire – de Monteverdi à Verdi, de Mozart à Berg, de Schubert à Thomas Adès. Une même voix peut-elle saisir des styles si différents?

Simon Keenlyside : J’oserais dire qu’elle ne le peut pas. Personne ne peut chanter La Truite de Schubert, par exemple, avec la même voix que pour Don Giovanni. Au fond, les chanteurs utilisent tous le même support, la même technique mais il faut croire en leur capacité à apporter les variations de couleur dont un style spécifique a besoin. En généralisant à l’extrême, je dirais que Verdi, par exemple, exige une voix à la Louis XIV, autrement dit : Une main de fer dans un gant de velours. Tandis que, dans les opéras de Mozart, les récitatifs exigent des couleurs proches de la mélodie, la musique y est plus extatique. Quant aux lieder, leur immense variété embrasse aussi bien l’orchestration colossale de Prometheus de Hugo Wolf que la miniature délicate du Gondolier de Schubert.

Pour tout baryton, Wozzek est un rôle important. En quoi est-il attirant?


Simon Keenlyside : Le théâtre m’intéresse. Les opéras de Mozart par exemple, où la dynamique de l’action théâtrale exige que le chanteur puisse exploiter toutes les couleurs vocales dont il dispose. Le temps n’y est jamais figé. Quant à Wozzek il s’agit, avant tout, d’un Drame qui se déroule en temps réel. L’exploration des caractéristiques d’un personnage est une tache fascinante même si, s’agissant de Wozzeck, je ne peux pas vous en dire beaucoup plus car je découvre le personnage. Et, cependant, je pense à un autre personnage en situation de rupture dans le canon de l’opéra : Golaud dans Pelléas et Mélisande, figure qui n’a cessé de m’intéresser tout au long de ma carrière. Je ne vois pas d’autre comparaison possible avec Wozzek. On y voit posé l’esprit d’un homme soumis à des pressions intimes aussi bien qu’extérieures et l’on s’interroge : Un esprit peut-il s’égarer en dehors de toutes circonstances ou s’égare-t-il sous l’effet de cruautés trop fortes ?

Les exigences vocales de ce rôle ne vous effraient-elles pas?

Simon Keenlyside : En étudiant la partition, on a vite fait d’observer que le compositeur distingue clairement les moments où il veut que l’interprète chante, des moments où il veut du semi-parlé ou du complètement parlé. Berg est très précis sur ces points. Le diapason n’est pas plus large que dans la plupart des rôles italiens et français. Simplement, les couleurs requises sont assez extrêmes. La beauté en soi, la beauté constante, au fond, ce n’est pas très intéressant. Dans L’Or du Rhin, quand Alberich maudit l’amour, il doit produire un son aussi pareillement laid que son sentiment. Il ne faut pas chanter ça joliment. De même que, dans Wozzeck, on n’attend pas de Franz la beauté de la voix qu’on espère de Wolfram dans Tannhäuser. Cependant, il est assez difficile d’exprimer la colère ou n’importe quelle émotion extrême tout en contrôlant la voix de sorte à pouvoir chanter sans abîmer la voix. C’est un casse-tête dont nous cherchons la solution en permanence. D’abord, je travaille avec un pianiste, puis j’écoute mon horrible cassette de travail. J’apprends lentement. Des semaines durant, le walkman est fiché dans mes oreilles.

{ 0 comments… add one now }

Leave a Comment