« »

2010.02.12 Recital, Opéra Garnier, Paris: Malcolm Martineau

Recital

12 February 2010

Opéra Garnier, Paris

Simon Keenlyside
Malcolm Martineau

recital-paris-2-2010

“Une leçon, par l’un des chanteurs les plus versatiles et les plus doués de notre époque.”

This recital will be broadcast 26 Feb

Fauré
Mandoline op 58/1 (Verlaine)
En sourdine op 58/2 (Verlaine)
Green op 58/3 (Verlaine)
Notre amour op 23/2 (Silvestre)
Fleur jetée op 39/2 (Silvestre)
Spleen op 51/3 (Verlaine)
Madrigal de Shylock op 57/2 (Haraucourt)
Aubade op 6/1 (Pomey)
Le papillon et la fleur op1/1 (Hugo)

Ravel
Histoires naturelles

Schumann
Dichterliebe

Encores:

  • Der Einsame (Schubert)
  • Wir wandelten (Brahms)
  • Die Sterne (Schubert)
  • Nachtviolen (Schubert)
  • Wanderer an den Mond  (Schubert)

Opera de Paris website

What the critics say

Gérard Mannoni, altamuisca.com

Une leçon de chant

Magistrale démonstration d’intelligence, de technique, de musicalité par le baryton britannique Simon Keenlyside, dans un programme de mélodies sans concessions au Palais Garnier. Au piano, le prince des accompagnateurs, Malcolm Martineau. Une leçon, par l’un des chanteurs les plus versatiles et les plus doués de notre époque.
Malgré un parcours sans faute allant de Mozart à Berg en passant par Tchaïkovski, Debussy et Britten, Simon Keenlyside n’est pas le chanteur le plus médiatisé. Trop authentique et sincère pour cela, sans aucun doute, car ce qui frappe avant tout chez cet artiste d’exception est sa rayonnante intelligence. Elle lui permet de mettre une voix qui n’a pas un timbre ni un volume exceptionnels au service de toutes les musiques qu’il aborde, sans la moindre erreur de jugement musicale ni littéraire.

Après des débuts mozartiens dans des rôles comme Papageno ou Guglielmo, vite passé à Don Giovanni, il s’est ensuite affirmé comme l’interprète fascinant de Pelléas, Wozzeck, Eugène Onéguine, Billy Budd ou Hamlet, aussi indiscutable pour ses qualités dramatiques que musicales. Il va d’ailleurs franchir bientôt un nouveau pas en incarnant Rigoletto, rôle en général assuré par des timbres plus sombres que le sien.

Mais voilà, Simon Keenlyside sait tirer très exactement ce qu’il faut de sa voix en toute occasion. Ceux qui l’ont entendu à Paris dans Wozzeck ou ailleurs dans Onéguine par exemple, durent être surpris par la manière assez incroyable dont il a contrôle ses moyens tout au long de ce récital de mélodies.

Une fantastique leçon de chant, tout abord, assez comme Jonas Kaufmann vient de la donner aussi dans Werther à l’Opéra Bastille et comme il la donne aussi en concert ou en récital. Ces messieurs on un contrôle absolu de l’intensité, de la couleur, des passages de registre, sur toute l’étendue de leur voix. Keenlyside peut ainsi se permette d’assumer toute une première partie avec des mélodies de Fauré et de Ravel parmi les plus difficiles, en raison précisément de ce qu’elles exigent comme palette de couleurs, comme capacité à murmurer sans détimbrer, à passer en voix de tête éventuellement, tout en gardant au texte une absolue intelligibilité. L’élocution française de Keenlyside est d’une perfection qui laisse songeur… si on la compare à la bouillie que l’on entend couramment partout de nos jours. Tout y est exact, consonnes et voyelles et il n’est pas une intention du texte qui lui échappe et qui ne soit traduite. Le visage, le geste, le corps, suivent l’expression, avec le plus parfait naturel, sans que jamais on ait le sentiment de quelque chose de fabriqué ni d’appris.

Une sorte de miracle, que, une fois encore, Kaufmann accomplit aussi avec notre langue. Les mélodies de Fauré, y compris les plus délicates comme le Papillon et la fleur sur le poème de Victor Hugo, ou encore Spleen sur le poème de Verlaine sont délivrées comme on les a très rarement entendues. Et il en va de même des Histoires naturelles de Ravel, où poésie et humour du texte et de la musique sont traduits comme on rêve de les entendre.

En deuxième partie, les Dichterliebe de Schumann bénéficient des mêmes qualités d’intelligence et de maîtrise technique, permettant par instant à la voix de découvrir sa puissance comme dans Ich grolle nicht et cette facilité de l’aigu qui, bien que le chanteur ne soit pas un baryton Martin, lui permet d’assumer sans problème un rôle comme Pelléas, parfois chanté par un ténor.
Nous avons beaucoup de chance d’avoir en ce moment plusieurs interprètes de cette trempe qui sont, comme les quelques grands spécialistes de la seconde moitié du siècle dernier,
d’aussi bouleversants défenseurs de l’opéra que de la mélodie et du Lied. Il faut ajouter aussi que Malcolm Martineau, par la subtilité de son toucher, la qualité soyeuse de ses sonorités, la finesse de son analyse de chaque mélodie, est le partenaire idéal de ce récital d’anthologie.

Etienne Comes, resmusica.com, 16.2.2010

Wozzeck à Bastille en avril 2008 puis au TCE en septembre 2009, Simon Keenlyside se livre assez régulièrement à l’exercice du récital avec piano comme en témoigne son dernier album chez Sony Classical. Doté d’une voix chaude et puissante, dont il use à merveille les diverses nuances, on le sent tout de même moins à l’aise qu’à l’opéra, un peu à l’étroit. Réfréner ses élans dramatiques, se résoudre à ne pas quitter le creux du piano semblent ainsi lui coûter beaucoup ; c’est que le récital n’est pas la scène, et une mélodie ou un lied ne sont pas des airs. Pourtant, il faut les animer, les incarner ; c’est sans doute là l’une des grandes difficultés de ces répertoires.

Le programme, lesté par les Histoires naturelles autant que les Dichterliebe, proposait d’abord une sélection de mélodies de Fauré, choisies parmi les plus justement connues ou les bluettes les plus inconsistantes, comme Le papillon et la fleur, curieuse œuvre juvénile sur un poème de Victor Hugo dont on se dit qu’il aurait pu tout aussi bien éviter de le composer. En comparaison, ces œuvres de Fauré semblent de bien peu de poids face aux monuments à venir. Il est donc heureux qu’elles aient ouvert le programme ; le contraire eut été cruel pour ce grand compositeur.

Que ce soit en français ou en allemand, la diction du baryton est parfaite, n’étaient certains passages des Fauré justement, légèrement mâchouillés. De ce point de vue, les Histoires naturelles sont un enjeu redoutable et se traduisent par une réussite incontestable : non seulement tout est audible, mais l’interprétation, tour à tour drôle, tendre et mélancolique, sert idéalement ce petit bijou d’humour et de grâce. Comme de juste, l’audience jubile, rit ou retient son souffle.

Simon Keenlyside trouve un soutien de poids et de qualité en la personne de Malcolm Martineau, excellent pianiste qui sait créer l’atmosphère propice au développement du chant, sans jamais le couvrir, ce qui convient à merveille dans les Fauré et les Schumann – moins bien dans les Ravel, la partie de piano accusant une autonomie telle que l’assujettir si complètement revient à la bâillonner. Le piano reprend des couleurs dans les postludes ménagés par Schumann, de très beaux moments de musique qui nous révèlent un peu plus la finesse du jeu de Malcolm Martineau.

Un très beau concert, et le public ne s’y est pas trompé, ayant chaudement applaudi les interprètes. Ceux-ci ne se sont d’ailleurs pas trop fait prier pour donner en bis des Schubert et un Brahms moins connus, mais interprétés avec autant de fougue et de justesse que le reste du programme.

Clément Taillia, Forumopera.com, 12.2.2010

So british ?
Partout acclamé comme un Posa, un Wozzeck, un Don Giovanni ou un Comte Almaviva d’exception, Simon Keenlyside n’a pas eu, jusqu’alors, une réputation de Liedersänger rigoureusement à la hauteur de son succès à l’opéra. Que cette injustice soit vite réparée ! Quelques uns de ses derniers disques se consacrent avec bonheur au Lied et à la mélodie, auxquels il rend justice de plus en plus régulièrement sur les grandes scènes du monde.
De passage au Palais Garnier après Genève et Milan, le baryton anglais n’était pas là pour se rappeler au bon souvenir des admirateurs qui l’avaient acclamé dans quelques productions récentes, mais bel et bien pour démontrer que sa voix, toute adaptée qu’elle soit aux effusions les plus théâtrales, n’en est pas moins idéale pour les répertoires intimistes.

Remarquons, tout d’abord, que la première partie du récital est intégralement consacrée au répertoire français. Maîtriser les subtilités de la langue de Verlaine, de Silvestre, d’Hugo (Fauré) ou de Renard (Ravel) aurait pu être une gageure, particulièrement pour un non-francophone ; il n’en est rien ! C’est même précisément la clarté de l’élocution qui enchante en premier lieu, dans le florilège de mélodies de Gabriel Fauré proposé en ouverture de programme. L’excellence de la diction, rarement prise en défaut dans toute cette première partie, s’accompagne, pour notre plus grand plaisir, d’une connaissance intime de l’univers particulier de la mélodie française, et, partant, d’une réelle adéquation stylistique. A l’aise dans les sombres méditations de « Spleen » comme dans l’imagerie poétique de « Mandoline », dans les exclamations de l’énergique « Fleur jetée » comme dans le sourire doux amer du « Papillon et de la fleur », Simon Keenlyside trouve ensuite d’emblée, pour les complexes Histoires Naturelles de Ravel, un ton adéquat, truculent mais qui ne sacrifie pas le timbre de la voix à la toute-puissance du discours. Très novateur et audacieux sur le plan de la diction, ce cycle qu’Emile Vuillermoz considérait comme la « bataille d’Ernani » du compositeur, est de ceux qui font sortir les « récitalistes » de leur cadre usuel –car, outre les qualités inhérentes à tout Liedersänger, il faut un certain talent d’acteur pour imiter sur scène le cri d’un paon ou la posture d’un cygne ! Souvent bien inspiré, Keenlyside n’est pas gêné par ces difficultés, et se fait narrateur plein d’humour et de fantaisie. Son interprétation y gagne un charme indéniable. Malcolm Martineau facilite cela, qui donne à l’accompagnement toute la fraîche versatilité requise. A l’entracte, il ne nous restait plus qu’à espérer, pour que notre bonheur soit complet à la seconde partie, un public qui cesse enfin d’applaudir après chaque mélodie…

Nous sommes exaucés en rejoignant notre fauteuil : une voix courtoise mais ferme explique que les Dichterliebe sont « un cycle de Lieder » que le public n’est pas tenu d’interrompre par des « applaudissements intempestifs ». Recadrage aussitôt salué… par une salve d’applaudissements nourris ! Désormais concentré à la perfection, dans le plus célèbre cycle de Robert Schumann, Keenlyside fait preuve (et ce n’est pas sans surprendre) de qualités toutes françaises ! Il n’est ni Matthias Goerne, ni Dietrich Henschel, n’est semblable, pour le dire vite, à aucun des élèves de Dietrich Fischer-Dieskau, n’est pas en vérité le chanteur le plus viscéralement lié à cette musique. Mais, conscient de ce qui pourrait être, chez beaucoup de ses confrères, un véritable handicap, il puise dans les poèmes de Heine ce qu’ils ont de plus corseté, de plus élégant, de plus aristocratique, et laisse aux autres le soin de plonger aux tréfonds des tourments de l’âme et du cœur. Comme si, au Voyageur au-dessus d’une mer de nuage de Kaspar Friedrich, Keenlyside préférait un portrait de Thomas Lawrence. Cette vision qui penche légèrement vers un certain classicisme n’a pourtant rien d’aseptisé et, bien souvent, l’armure se fend, montrant des blessures qui bouleversent et qui fascinent : « Ich grolle nicht », comme tenu d’un seul souffle, n’est qu’un crescendo terrible et ravageur, la morbide détermination de « Die alten, bösen Lieder », l’exaltation de « Die Rose, die Lilie » ou encore la mélancolie pétrifiée qui hante «Ich hab’im Traum geweinet » sont naturellement porteurs d’émotions. Mais jamais celles-ci ne sont suscitées par des effets faciles ou des affects trop appuyés. Là encore, Martineau est le meilleur des compagnons de route : lui qui connaît Schumann comme sa poche mais qui ne le joue jamais avec routine, suspend la salle à son clavier lors du postlude qui conclut le cycle. Exigeante, la démarche l’était, sans pour autant confiner à l’austérité si l’on en juge par l’accueil reçu par les interprètes. Cédant à la demande générale, Keenlyside concède pas moins de 5 bis, mais aucun en français, « car après une partie en allemand, ce ne serait pas de bon goût. » Ah bon ?

Odio usar la arroba para las vocales ‘a’ y ‘o’. Sin embargo, es la única forma en que se las puede escribir (y percibir mentalmente al menos) de forma simultánea. Así que por una vez…Una vez que es segunda. Este programa, salvo los bises, lo había escuchado y reseñado hace casi dos años en Bruselas. Por un momento, he pensado -la falta de tiempo es culpable de tantas cosas- ver si podía engañar al editor y al lector y reproducir la crítica (es todavía válida, con algún cambio al final y por el medio). Pero, sobre todo, no está bien engañarse a uno mismo. Y esta segunda vez fue tan única como la primera, y algo diferente en ciertos aspectos. Por terminar, dos artistas como estos dos señores no se merecen que un esfuerzo repetido, pero distinto y, si cabe, mejorado, se refleje con una copia más o menos textual (si alguien tiene dudas, el concierto anterior data del 24 de noviembre de 2008) [leer reseña].

Para empezar, fue distinto el público. Y la sala. Garnier es pequeña al lado de Bastille, pero es un teatro de ópera ‘tradicional’ imponente. Estuvo casi lleno (sólo algunos claros en platea y en algún palco). Y un viernes a la noche gélido, ya es un mérito. Por seguir, estaba entre un público, con raras y desafortunadas excepciones, de entendidos, de admiradores o de gente que gusta del arte del canto lírico y, más en particular, del canto de cámara. Qué éxito. Cinco bises y nadie se movía. En general, un silencio casi perfecto (en muchos momentos, casi temible). Aplausos (como en los viejos tiempos) entre cada canción ante la reacción escandalizada de algunos. Parece que los súbditos de Su Majestad se sintieron en el deber de llamar la atención sobre el Dichterliebe e hicieron anunciar antes de empezar la segunda parte que era un ciclo y que nadie los interrumpiera (hubo un osado que lo intentó al final del segundo número. O fue un desafío que en eso quedó). Una enorme cola a la salida para firmar (discos y programas, ambos intérpretes, que esto no fue un cantante de éxito con su acompañante, sino dos músicos haciendo música) dentro de la Opéra porque afuera habrían perecido todos congelados. Gente joven y mayor. Caras de satisfacción y alegría. Y algo que me guardo para el final.

El programa: la mélodie francesa a través de Fauré y Ravel, en la primera parte. No me repetiré sobre recuerdos que aparecieron, no para importunar o lamentar como muchas veces sucede, sino para agradecer aquello y que hoy exista esto (en el primer teatro de Francia y de París, escuchar las Histoires naturelles de las que Crespin hacía una creación, estremece; algunos de los Fauré y un Schumann de los que cantaba Victoria pegan duro). Muchos pájaros (en particular ruiseñores) y flores en ambas partes y en particular en la primera, desde los títulos mismos. Se sabe que Keenlyside es un universitario biólogo-zoólogo y que está a sus anchas en sus tierras; se le nota cuando canta el afecto por estas criaturas, y más, la comprensión.

Así que cuando, tras empezar como uno de esos “donneurs de sérénades” de los que habla ‘Mandoline’ pasamos, en el hilo de voz que corresponde, a ‘En sourdine’, la frase final de esta melodía (“le rosignol chantera” -¿hace falta traducir? El ruiseñor cantará) con sus matices y sus graves en juego con la media voz bastan para pintar la melancolía profunda y delicada de Fauré. Naturalmente, los mejores son los textos de Verlaine, pero un autor ‘menor’ como Armand Silvestre (‘Notre amour’) le permite pasar del susurro inicial a los valientes agudos del final, mientras que la ‘Fleur jetée’ sacude delicadamente -pero sacude- con la estrofa final en que se alternan la compasión por la flor con el corazón infeliz en amor. Si pasamos a la ’Aubade’ con texto de Pomy (no reseño una a una, no crean), ese género tan popular en su momento, de ‘cançó de matinada’, le permite recrearse -no sólo por una cuestión estética- en la dedicataria de la ofrenda: quien haya escuchado este “Ô vierge aux doux regard!” habrá tenido problemas para seguir concentrándose en la estrofa siguiente. Un juvenil Fauré ponía en verso un diálogo de Victor Hugo entre la mariposa y la flor, malicioso, simpático y ligeramente velado por la tristeza.

Y después llegó Ravel con la prosa de Jules Renard y sus sarcásticas, humorísticas, simpáticas y a su modo (o a su pesar) tiernas ‘historias naturales’. Y aquí Keenlyside, acompañado por Martineau, se convirtió en todos los animales. Si en otro momento me habían impresionado sobre todo ‘el pavo real’ y ‘la pintada’ (en efecto, el público rió bastante), esta vez la paleta pareció más sutil y evocadora, menos ‘evidente’ en ‘El grillo’ -una miniatura deliciosa- , en el irónico y antipoético, con todos los lugares comunes, tratamiento del ‘cisne’, pero sobre todo, en esta ocasión la perla de la corona -de la primera parte, digo- fue ‘el martín pescador’, que procuró lo que el texto dice “une rare émotion”. En toda esta canción llegó al máximo lo que Keenlyside y Martineau hicieron antes y después: contarnos mientras el uno cantaba y el otro lo seguía o lo anticipaba. Nos volvieron a todos niños en el mejor sentido: dispuestos a escuchar, sin prejuicios, con ingenuidad y avidez de oír lo que se nos cuenta. Cuando la palabra no alcanza, ahí está la música, el piano, el sonido de una voz que nunca hace pensar en el cantante de ópera aunque se aprecie la homogeneidad, la extensión, la emisión, el estilo, la dicción. Cuando el canto de cámara se hace así, no hay género superior.

Pero vinieron los ‘amores de poeta’. No voy a repasar -imposible, por más de una razón- los dieciséis poemas de Heine. Sólo quiero señalar en esta interpretación antológica algún que otro momento. El número más célebre (que se ha independizado, guste o no, del ciclo entero) es el VII, ‘Ich grolle nicht’: con qué rabia lo interpretó Keenlyside (ah sí, los agudos fueron estupendos y los graves también, y el piano les dio la réplica adecuada: eso no explica la interpretación). Si nos acercamos al final, imposible sustraerse a las lágrimas del XIII, ‘Ich hab’im Traum geweinet’, o siguiendo con el tema romántico del sueño, en el XIV, a la frase “Du sagst mir heimlich ein leises Wort” (algo así como ‘me dices en secreto una palabra en voz baja’) porque allí nos metimos, un poco a la fuerza voyeurs, en el interior de poeta y músico, y me parece que de pianista y cantante. Llegados al gran final (XVI, ‘Die alten, bösen Lieder’ -las viejas, malvadas canciones), que retoma el tema tan caro de la catedral de Colonia sobre el Rhin, entre otros puntos de la geografía alemana, el artista se adelanta en la última estrofa (la que empieza justamente en “sabéis vosotros”) con un ímpetu que nos traslada al escenario a su lado. Desde el piano, Martineau cierra con un postludio adecuadísimo y emocionante.

Y, claro, llega la ovación. Y tras ella llegan un excelente Brahms y sus Schubert (con pedido de perdón por no cantar otras melodías francesas, ‘pero es que ahora estoy metido en lo alemán y me cuesta salir’), sin adjetivo porque el ‘sus’ lo dice, creo, todo: si hay un autor con el que habría que identificar a Keenlyside -de puros reduccionistas que somos- sería este. No eligió canciones ‘fáciles’ (o todas lo son, en un cierto sentido, pero ninguna o casi lo es) ni ‘alegres’: nos asestó un gancho con ‘Der Einsamer’ y nos c@ntó lo que el ‘caminante a la luna’, pero nos permitió al final ver el brillo un poco vacilante de ‘las estrellas’ que hizo bajar del cielo para nosotros (o nos subió tal vez) y que son una de sus ‘delicatessen’. Más aún lo son las ‘violetas de noche’, con cuyo perfume advirtió que se despedía. Entonces una señora bien francesa le dijo (que no gritó) ‘merci’. El barítono hizo un ligero gesto con la cabeza, se abrazó a su acompañante y nos dejó, mucho más ricos, sabios y sensibles que lo que habíamos entrado. Gente así necesita este mundo.

(photo above with courtesy of Beckmesser)
Translation see below
La première chose qui frappe le spectateur lorsqu’il voit Simon Keenlyside entrer sur scène, c’est sa nervosité. Le baryton anglais lance un regard inquiet, voire apeuré, s’agite un peu, essaie de se concentrer. En quelques secondes, avant même que la musique ne commence, on se retrouve loin de certains chanteurs cabotinant un maximum pour obtenir des ovations du public après des effets faciles.
Il faut dire que l’exercice du Liederabend se prête assez peu à ce genre de démonstrations…le tempérament de Simon Keenlyside aussi, pour notre plus grand bonheur!Car tout chez ce chanteur est confondant d’humilité: humilité face au public, où à aucun moment un effet n’est rajouté, un aigu enflé, une nuance gratuite; humilité face à la partition, avec un absolu respect de ce que les compositeurs ont écrit, respect qui n’est pas stérile, mais au contraire permet de bâtir une interprétation personnelle; enfin, humilité face aux textes que ces mélodies mettent en musique. Que de nuances et de délicatesse dans la diction aussi bien que dans le chant!
Simon Keenlyside est donc le prototype parfait du Liedersänger, attentif aux mots, musicien jusqu’au bout des ongles, capable de mille inflexions, de mille couleurs, de par une voix riche mais aux couleurs automnales idéales, et de part une technique infaillible.

En ce 12 février, à l’Opéra Garnier, même légèrement malade (ce que quelques graillons dans la voix nous indiquent), il nous gratifie d’un récital absolument mémorable, où l’on ne sait qu’admirer le plus.
Chez Fauré, on est stupéfait dès la première seconde par la qualité exceptionnelle du français, la douceur du timbre, la capacité du chanteur à nuancer, à alléger sa voix pour respecter parfaitement l’esprit de ces miniatures. Là où toute une école de chant français péchait par un excès de maniérismes (Camille Maurane!), Simon Keenlyside réussit le tour de force d’à la fois construire extrêmement minutieusement son interprétation, et de donner une impression de naturel, de spontané.
Dans les Histoires naturelles de Ravel, on est impressionné une fois de plus par la qualité du français, le travail effectué sur l’articulation (comme il s’agit d’un texte en prose, l’artiste a choisi délibérément de ne pas prononcer les syllabes muettes – il fallait y penser!), et surtout la capacité à créer un univers en l’espace d’une seule pièce. A cet égard, “le Martin Pêcheur” restera dans les annales. Ces mélodies très spirituelles, sur des textes de Jules Renard, sont l’occasion de constater l’extrême versatilité du chanteur anglais, capable aussi de faire preuve d’un humour assez décalé et irrésistible (“La Pintade”).
Place à la poésie en deuxième partie avec les fameux Dichterliebe de Schumann. Si Keenlyside paraît au tout début assez extérieur, se contentant de (très bien) chanter, il commence à trouver le ton juste à partir du VIème Lied, “Im Rhein, im heiligen Strome”, où l’on sent vraiment la “religiosité” de l’amour du poète pour sa promise, la tentation d’un échappatoire dans le Rhin (prémonition de Schumann qui devenu fou se jettera dans ce fleuve qu’il a tant aimé?) et le désespoir, tantôt résigné, tantôt révolté, qui étreint le narrateur. Le spectateur est, à partir de ce moment, littéralement happé par une vision d’une finesse, d’une profondeur, d’une hauteur de vue et d’une émotion extraordinaire, aidé en cela par le piano extrêmement délicat, musical, tantôt rêveur, tantôt abrupt, trouvant toujours le ton juste, de Malcolm Martineau, accompagnateur idéal, bien plus inspiré (tout comme Keenlyside d’ailleurs) en live que dans les studios de chez Sony. Il est vrai que la prise de son matifiante n’aidait pas!

Un deuxième récital, ou presque, commençait avec les rappels, au nombre de…5! Soulignons la générosité des deux interprètes, qui régalent le public de quatre Lieder automnaux de Schubert, et un Lied de Brahms. On ne peut qu’admirer l’extrême probité et l’humilité de Simon Keenlyside, qui aurait pu céder à la “démagogie” (le terme est un peu fort, je l’admets!) d’interpréter certaines mélodies en français, mais ne l’a pas fait, afin de “préserver l’unité musicale de la deuxième partie”. L’extraordinaire affinité du chanteur avec l’univers de Schubert (cette recherche des demi-teintes, cette maîtrise de la ritournelle, des rythmes lancinants, sans être ennuyeux…) a totalement dissipé nos regrets de ne pas avoir de nouveau profité de son français exceptionnel, avec comme point d’orgue un “Wanderer an den Mond” totalement…lunaire, comme son nom l’indique!

Un gros succès public, y compris entre chaque mélodie (!), malgré une annonce faite à l’entracte (!!), couronnant justement un récital mémorable. Coup de coeur de Beckmesser, évidemment.

Translation by Jane (Chastelaine)

As Simon Keenlyside walks onto the stage, the first thing to strike the audience is his nervousness. The English baritone glances around anxiously, one might even say he looks scared; he is somewhat restless, he is trying to focus. With some singers one can feel distanced from them within a few seconds, even before the music has started because they really overdo the histrionics in order to get applause from the audience without too much effort.  It has to be said that performing the Liederabend hardly lends itself to this kind of demonstration….nor does Simon Keenlyside’s temperament, much to our great delight!

For everything about this singer exudes humility: humility as he stands before his audience, never doing anything for added effect, not overdoing the high notes, not putting in any unnecessary nuance; humility in his approach to the music, showing complete respect for what the composer has written, and yet this is no sterile respect; on the contrary, it enables him to create his own personal interpretation and lastly, humility with regard to the texts that have been set to music. There is such colour and delicacy in the diction as well as the singing! Simon Keenlyside is indeed the perfect model of the Liedersänger: with his attention to the detail of the texts and every inch a musician, he is capable of countless different inflections and colours, possessing both an infallible technique and a voice that is rich and full of perfect autumnal shades.

Despite being a little under the weather, (as a touch of hoarseness in his voice would suggest), on this evening of 12th February at the Opéra Garnier he delights the audience with an utterly memorable recital, making it impossible for us to say which piece we loved the most.  From the very first moment of the Fauré, we are awestruck by the exceptional quality of his French, his sweetness of tone, his ability to add colour and lightness to his voice in order to pay due respect to the spirit of these miniatures. Where an entire French school of song committed the sin of using too many gestures (Camille Maurane!), Simon Keenlyside achieves a real tour de force, producing a meticulously thought out performance, whilst giving the impression that it is natural and spontaneous. In Ravel’s Histoires Naturelles, we are impressed yet again by the quality of the French, the work that has gone into the articulation (as these texts are written in prose, the artist has deliberately chosen not to pronounce the mute syllables – he has obviously given that some real thought!), and particularly impressive is his capacity to create a whole universe in a single song.

In this respect, “Le Martin Pêcheur” (the Kingfisher) will live long in the memory. These wholly ethereal songs set to the words of Jules Renard afford us the opportunity to witness the remarkable versatility of this English singer, who is equally capable of demonstrating a quirky and compelling sense of humour (as in “la Pintade” – the Guinea Fowl).

Prose gives way to poetry in the second half with the well known Dichterliebe by Schumann. If Keenlyside externalises his performance at the outset, seeming content merely to sing (albeit very well), he starts to find the right sound in the 6th song, “Im Rhein, im heiligen Strome“, where we really sense the “piety” of the poet’s love for his bride, the temptation of a means of escape via the Rhine (did Schumann have a premonition at this point, for when he became mentally unstable he threw himself into this river that he loved so much?) and the despair vacillating between resignation and rebellion that grips that narrator. From this point the listener is literally caught up in a vision of such finesse, such depth, such insight and such extraordinary emotion, aided by the extremely delicate and musical playing of Malcolm Martineau, now dreamy, now abrupt, always finding just the right tone; he is the perfect accompanist, much more inspired when playing live (as indeed is Keenlyside) than in the Sony studios. It is a fact that recording in a studio with the sound deadened did not help!

We are almost given a second recital with the encores, of which there are …5! We must acknowledge the generosity of both these artists who delight the audience with four late Schubert songs and a song by Brahms. One can only admire Simon Keenlyside’s complete integrity and modesty, for he could have yielded to playing “the demagogue” (I admit that the term is a bit strong!) by performing several French songs, but he didn’t do this, in order to “preserve the musical uniformity of the second half”. The singer’s extraordinary affinity with the world of Schubert’s music (this quest for subtle shading, this control of the refrain and the insistent rhythms, yet never sounding dull) completely dispelled our regret at not being able to savour once more his exceptional French; it all culminated in a rendering of “Der Wanderer an den Mond” that had precisely the moonlight quality that its name suggests!

This was a great hit with the audience, in between the songs included (!), despite the announcement made in the interval (!!) and justly crowned a memorable recital. Clearly a Beckmesser favourite.

{ 3 comments… read them below or add one }

Jane (Chastelaine) January 18, 2011 at 11:20 am

asperia, I should imagine that this was broadcast on Radio 3 last February and would then have been available on BBC Radio 3 online for 7 days thereafter, so unfortunately, it’s highly likely that it’s not available any more. Let’s hope that the next recital in Paris, coming up soon next month will also be broadcast on radio 3 at some point afterwards – we’ll have to keep a lookout for the date – I’ll be checking in the Radio Times.
~ Jane

asperia January 13, 2011 at 8:40 pm

“This recital will be broadcast 26 Feb”

can i ask where this was broadcast? was it online ?

Does somebody know whether Simon´s Macbeth will be broadcast on BBC3?

Terence Dawson February 15, 2010 at 10:35 am

I attended this performance and although I am very familiar with Simon’s opera performances, over the last 6 or 7 years, this was the first time I had caught a recital. What a priviledge it was.
He seemed to me to be a little ill at ease (not vocally) during the Faure but by the Ravel he was relaxed and gave a wonderfully expessive account of these delightful songs.
After the break, and an announcement to ask the audience not to applaud between each song, we were treated to, for me, a quite overwhelming performance of the Dichterliebe. Stunning! Then 5 encores; Schumann, Brahms and 3 Schubert, as an extra treat.
With Malcolm Martineau’s subtle and sensitive piano playing they both had us all in the palms of their hands.

Leave a Comment